• Formations
    • Formations en auberge
    • Formations virtuelles
    • Formations en présentiel
    • Types de formation
    • Hébergements
  • Multimédias
  • Résidence et bourse
    • Résidence Bruno Roy
    • Bourse Danyelle Morin
    • Soutien aux 18-35 ans
  • Accompagnement
  • Prix des cinq continents (OIF)
  • À propos
    • Actualités
    • Mission et historique
    • Partenaires
    • Soutenir
    • Témoignages
  • Nous joindre
  • Infolettre
  • Twitter
  • Facebook
  • Instagram
  • Youtube
Camp littéraire Félix

Date de publication : 27 avril 2020L’écriture au temps du coronavirus (2) par Francine Chicoine

Danyelle Morin a demandé aux personnes qui devaient animer un atelier cette année au Camp littéraire Félix d’écrire un texte qui parle d’écriture, de conseils à donner aux stagiaires, tout autant que de lecture. Je lui ai répondu que c’était une excellente idée, que je ne savais pas si je réussirais, mais que j’allais du moins essayer. J’ai dès lors inscrit ceci dans mon carnet : « Je ne suis pas en mesure de donner des conseils en matière d’écriture. Qui serais-je d’ailleurs pour le faire ? »

Mais Danyelle avait eu l’imprudence d’ajouter ceci : parlez de « ce qui vous habite et vous porte, en somme ». Ce qui nous habite et nous porte, oui, rien de plus simple, il s’agissait d’y penser. Facile, facile, en somme.

Voilà : l’écriture doit témoigner de ce qui nous habite et nous porte.

  •  

Cette phrase m’a donc habitée, provoquée. Une petite idée du genre « pot de colle ». Alors, j’ai commencé à échapper quelques mots, à exprimer ce que je vivais. N’ayant pas écrit depuis des mois et des mois — peut-être même des années, faut-il oser l’avouer ? — je ne savais plus ce que c’était. Je croyais à l’écriture des autres, puisque je m’en nourrissais, mais plus du tout à la mienne.

On ne sait pas toujours quel sera l’élément déclencheur de la création artistique, ni quand il apparaîtra, ni d’où il viendra. Mais quand il est là, on le sait, puisqu’une force supérieure nous appelle et nous met en marche. Il s’agit de reconnaître le signe : par exemple cette petite phrase de Danyelle à laquelle je n’aurais pas porté attention en d’autres temps.

Pas besoin de se malmener, les circonstances s’en occupent. Pas besoin de se culpabiliser, la culpabilisation est sclérosante. Tout nous dépasse, mais cela n’a guère d’importance. Théodore Monod revenait de ses méharées, heureux, semble-t-il, de ses échecs : heureux, car il lui fallait repartir.

Voilà : l’écriture repart à point nommé.

  •  

Nous sommes en temps de pandémie. Nancy Huston raconte que, brutalement, l’écriture s’est tue en elle après avoir quitté la France pour se réfugier dans son deuxième chez-soi, en Suisse. Elle constate que sans le vouloir ni le prévoir, elle s’est éjectée de l’écriture en changeant de pays. « Car si l’écriture se fait dans la solitude, dit-elle, elle ne se fait pas dans le vide. Comme toute forme de création, elle est enracinée. Elle ne jaillit pas d’un esprit nomade, hors famille, hors ethnie, libre de toute attache, dégagé de la gangue de l’Histoire. »

Voilà : l’écriture demande un point d’ancrage.

  •  

Moi qui ai tant de difficulté à vivre sereinement le rien faire, je viens de découvrir cet extrait de la Treizième poésie verticale du poète argentin Roberto Juarroz :
« Aujourd’hui je n’ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.
Des oiseaux qui n’existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leurs corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.
Ne rien faire
sauve parfois l’équilibre du monde,
en obtenant que quelque chose aussi pèse
sur le plateau vide de la balance. »

La poésie fait du bien.
Aujourd’hui, j’essaierai de ne rien faire. Enfin, j’essaierai…
Voilà : écrire pour dire ce qu’on découvre.

  •  

On n’écrit pas pour l’avenir, l’avenir est incertain, ni pour la postérité, la postérité s’en moque. On écrit pour soi, pour le remuement que provoque l’écriture commençante, pour la satisfaction que procure l’écriture persistante. Peut-être simplement pour le geste d’écrire, qui sait…

© Francine Chicoine, avril 2020

Découvrir notre formation avec Francine Chicoine

Nouvelles
Partager
Suivez-nous
Soutenir
Infolettre
Camp littéraire Félix
418 943-5353
info@camplitterairefelix.com
Culture et communications Québec
Partager
Camp littéraire Félix © 2026 | Tous droits réservés.
Réalisation Kaleidos agence Web

Partagez cette page sur :

Partager sur Facebook
Partager sur X
Partager par courriel
Partager sur Pinterest
Partager sur LinkedIn